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Ville de fond d’estuaire, la ville de Nantes forme un point de convergence pour de nombreuses routes maritimes, fluviales et terrestres. Cette position stratégique entre la Bretagne, l’Anjou et le Poitou a très tôt été déterminée par la possibilité de franchir la Loire grâce à une ligne de ponts reliant les deux rives.

FRANCHIR LA LOIRE

Dès l’Antiquité, la présence d’îlots disséminés entre les deux rives distantes de deux kilomètres a probablement permis de franchir à gué les bras nord du fleuve lors des basses eaux. Entre le IXe et le Xe siècle, la construction du pont de Pirmil dote la ville d’un point de franchissement stable depuis la rive sud. Peu à peu, une ligne de ponts reliant les deux rives, depuis la porte de la Poissonnerie jusqu’au faubourg de Pirmil, forme une artère vitale pour le commerce de la ville. D’abord en bois et régulièrement emportés par les crues du fleuve, ces ponts furent progressivement reconstruits en pierre à partir du XVIe siècle. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la question de l’amélioration des franchissements sur la Loire est au cœur de nombreux projets d’aménagement et d'embellissement de la ville. Ainsi, en près d’un millénaire, l’image de la ville de Nantes se confond avec celle de ses ponts : on en compte vingt-huit au début des années 1920 !

Ces ouvrages de franchissement, parfois habités, possèdent une forte dimension symbolique et s'inscrivent dans l’imaginaire nantais. S’ils incarnent le lien entre deux rives, les ponts sont aussi des lieux de sociabilité où l’on pêche aux pieds des arches, où l’on commerce sur la chaussée et où l’on s’y rassemble lors des festivités se déroulant sur le fleuve. Pourtant, cette relation particulière de Nantes avec ses ponts n’est pas un paradoxe près. Dans le centre-ville, les comblements de l’entre-deux guerres effacent définitivement les ponts des bras de la Bourse et de l’Hôpital. En 1958, malgré quelques initiatives pour protéger le monument, le pont transbordeur est laissé aux mains des ferrailleurs pour son démantèlement. Aujourd’hui, la question du franchissement de la Loire est plus que jamais d’actualité, et de nouveaux chapitres de l’histoire des ponts de Nantes restent à écrire.

Inventaire du patrimoine

Le pont transbordeur

LE SAUT DE WILLY WOLF

C’est au début du 20e siècle qu’est inauguré le pont transbordeur entre le centre-ville et la Prairie-au-duc : avec le développement des chantiers navals, il faut penser à y acheminer ouvriers et marchandises sans pour autant bloquer la remontée de voiliers encore nombreux à naviguer sur le fleuve. Ses pylônes aux allures de tour Eiffel s’élèvent à 75 mètres et supportent un tablier perché à 53 mètres, comme une route suspendue dans les airs. À hauteur des quais, une nacelle accrochée à des câbles passe lentement au-dessus de la Loire. En ce dimanche 31 mai 1925, les chantiers sont silencieux. On entend les crissements métalliques du pont transbordeur qui se mêlent à l’agitation de milliers de badauds rassemblés sur les quais, les yeux rivés sur le tablier du pont transbordeur.

Sur un trapèze fixé à des poutres d’acier, un homme enchaîne les acrobaties à 50 mètres au-dessus de l’eau, sans filet. Il tourne et se contorsionne, grisé par les exclamations des spectateurs. Wladislas Kubera n’est pas un inconnu, à Nantes. Ce trompe-la-mort a quitté son poste d’ouvrier-ajusteur pour se consacrer à ses exploits sportifs. Il s’est trouvé un nom d’artiste : Willy Wolf.

Dès lors, tout va très vite. Willy Wolf se tourne vers l’abîme et plonge. Gêné par les flammes et la nuée toxique, il n’a pas pris le temps de se concentrer. Il chute lourdement et perce la Loire dans un bruit mat et sinistre. Pendant quelques secondes, Willy Wolf refait surface. Une clameur s’élève de la foule qui reprend espoir mais l’athlète est happé par les courants noueux et disparaît dans les profondeurs de l’estuaire.

Des Rives

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