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C’est probablement en empruntant le bac depuis l'embarcadère du Paradis sur la rive nord que le bourg du Pellerin se dévoile de la plus belle des manières, avec ses quais et ses maisons anciennes s’étageant sur le coteau. Le Pellerin, c'est aussi 16 kilomètres de rives qui témoignent des pratiques agricoles traditionnelles liées au fleuve et qui gardent la trace des grands aménagements pour en améliorer sa navigabilité.

LE CANAL MARITIME DE LA BASSE-LOIRE

Ouvrage monumental du génie civil, le canal maritime de la Basse-Loire longe la Loire et s’étend sur une quinzaine de kilomètres entre les communes du Pellerin et de Frossay. Sa construction entre 1882 et 1892 s’inscrit dans un contexte de concurrence féroce entamée dès le milieu du XIXe siècle entre les ports de Nantes et Saint-Nazaire, entre le vieux port de fond d’estuaire et le nouveau port maritime. Face au succès du bassin à flot nazairien ouvert en 1857, il importe, pour la Chambre de commerce de Nantes, de permettre aux navires de grand tonnage de remonter facilement l’estuaire jusqu’au port de Nantes.

Employant plus de 1 000 ouvriers, ce chantier pharaonique bénéficia de l’expérience et des techniques employées pour la construction du canal de Suez inauguré en 1869. Fermé à chaque extrémité par une écluse à sas de 169 mètres de long fonctionnant chacune jour et nuit, le canal maritime de la Basse-Loire connut rapidement une activité intense. Le pic du trafic est atteint au tournant des XIXe et XXe siècles : 805 navires de mer fréquentent le canal en 1899, soit 40% du mouvement maritime de Nantes.

Bien qu’ayant participé au relèvement du port de Nantes, le succès est de courte de durée. Du fait de l’évolution des navires marchands et de la forte augmentation de leurs tonnages, le canal se révèle très vite inadapté et la grande navigation est arrêtée dès 1913. Dans les années 1960, de nouveaux aménagements permirent de faire de ce témoin de “l’art des ingénieurs” une pièce maîtresse du système de régulation hydraulique du Pays de Retz.

Inventaire du Patrimoine

LES ATELIERS DES COTEAUX

Régulièrement cité au XVIIIe siècle comme un havre assez commode pour l’entretien des navires destinés au commerce triangulaire, le port du Pellerin ne conserve aujourd’hui aucune trace matérielle de cette fonction de radoub. Pourtant, en aval du bourg, coincé entre le coteau et la Loire, le discret site des Ateliers des Coteaux perpétue l’activité de maintenance des navires, outils et engins portuaires.

L’histoire de ce site industriel démarre en même temps que les travaux du canal maritime de la Basse-Loire. En 1882, l’entrepreneur en charge du creusement du canal acquiert, quasiment à mi-chemin entre le bourg et le village de la Martinière, un terrain destiné au stockage et à l’entretien du matériel nécessaire au chantier. Dans les années 1890, l’Administration des Ponts et Chaussées, pour qui “le maintien des ateliers est indispensable”, rachète progressivement l’ensemble du site. Les Ateliers des Coteaux sont aujourd’hui la propriété du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire.

Sur la rive, des ateliers sont spécialisés dans la maintenance des unités flottantes du grand port : chaudronnerie,électricité, menuiserie, usinage ou encore mécanique à bord. En Loire, un ponton accueille une grue d’une capacité de 90 tonnes pour des opérations de manutention à flot. Structure métallique hors-norme, un dock flottant provenant de l’armée allemande et datant des années 1940 complète le dispositif de radoubage.

Inventaire du Patrimoine

L’ANTARKTIS ET LE SITE BIKINI

 

« Le bateau mou, il dit beaucoup de choses ! J’aime l’histoire de ce bateau qui essaye de s’échapper d’un plan d’eau fermé… Lui, au moins, il retrouve la liberté ! Pour l’Antarktis, par contre, c’est fini. Ça fait soixante-dix ans qu’il est prisonnier, il ne bougera plus », raconte Laurent Ménard, charpentier de marine du chantier Marlo, en ramant vers la confluence de l’étier et de la Loire. Peu à peu, trois mâts rouillés se dévoilent, plantés dans l’eau. Une vigie est encore accrochée au mât central. Pareils à des croix, ils servent de repère pour situer le bateau disparu dans le sable et la vase.

Pris aux Norvégiens par les Allemands pendant la guerre, l’Antarktis, qui servait à transporter de l’huile de baleine, a été reconverti en pétrolier et affecté aux côtes françaises. Le 10 août 1944, alors que la Wehrmacht cherche à bloquer la Loire, il est coulé en travers du chenal avec huit autres navires. (…) Seul l’Antarktis n’a pu être renfloué. Il est laissé sur place, ses trois mâts préservés pour signaler sa présence, sur la rive du trou énorme qui prend des allures d’atoll du Pacifique, bientôt surnommée « Bikini » en référence à l’île où les Américains procèdent à leurs essais nucléaires. Laurent cherche ses mots : « C’est étonnant, non ? Ça met une ambiance… Ça marque l’Histoire, quoi… dit-il tout en remarquant que la base des mâts est découverte depuis quelques minutes. Ça y est, c’est la renverse… Il faut rentrer, on ne va pas tarder à toucher le fond de l’étier ! »