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De nuit, la raffinerie de Donges offre un spectacle saisissant par la myriade de lumières éclairant son architecture tubulaire et les flammes des torchères déchirant l’obscurité. De jour, c’est un paysage industriel complexe qui s’étire sur près de 350 hectares et dont l’activité est hautement stratégique pour l’approvisionnement en hydrocarbures du Grand Ouest de la France.

LA RAFFINERIE OU LA ROUTE DE L’OR NOIR

 

Impossible de savoir si le pétrolier vide ses cuves de brut ou s’il les remplit d’hydrocarbures. On le croirait endormi, tout juste animé par le ronronnement de ses machines qui ne s’arrêtent jamais, même à quai où elles continuent de lui fournir un minimum d’énergie. À part un vigile abrité dans une cahute derrière les clôtures sécurisées, il n’y a personne. Tout est calme. En réalité, la perfusion suit son cours. Dans le sol serpentent une myriade de tubes à l’abri des regards, comme les vaisseaux sanguins d’un monstre tentaculaire, un système vasculaire complexe, sensible, stratégique. En surface, des valves sont branchées sur des artères qui émergent des profondeurs pour effectuer une ou deux épingles à cheveux au grand air avant de s’enfouir à nouveau. Dissimulées quelque part, les pompes aspirent, refluent, répondent aux ordres d’agents invisibles. Des cavités se vident, d’autres se remplissent, des clapets s’ouvrent et se ferment comme autant d’aiguillages au passage du flux, des manomètres veillent au grain sur chaque conduit à risque…

Des Rives

Le menhir de la vacherie

La position géographique de l’actuelle commune de Donges, aux portes des marais et proche de la façade maritime, a très tôt favorisé l’implantation de communautés humaines. Témoins de cette anthropisation ancienne, plusieurs sites mégalithiques (dolmen, menhir et tumulus) parsèment le territoire communal sur les points hauts de la plaine alluviale, tel un archipel d’îles à la confluence du Brivet et de la Loire. Un de ces sites, le menhir de la Vacherie aussi appelé la “galoche de Gargantua”, illustre ce peuplement ancien tout autant que l'essor industriel de ce territoire amorcé dès la première moitié du XXe siècle. Trônant fièrement dans une prairie en bord de Loire lors de son classement au titre des Monuments historiques en 1887, il est depuis les années 1930 inclus dans l’enceinte de la raffinerie de Donges. Dans cet univers étrange composé de canalisations, de tuyaux, de réservoirs et de torchères, l'âge de la pierre polie côtoie l’ère industrielle !

Inventaire du Patrimoine

Donges et le chevalier Antar

Antar, fils d’un noble et d’une esclave noire, aurait vécu de 525 à 615. Il connut très tôt le mépris en raison de ses origines et de sa couleur de peau. Pour conquérir le cœur de sa cousine Abla, il démontra sa vaillance et sa générosité envers les plus faibles, en particulier les femmes. Incarnant avant l’heure l’idée de métissage et de lutte contre les oppresseurs, l’épopée chevaleresque d’Antar en fit rapidement un héros du monde arabe. Ce conte héroïque de l’Arabie anté-islamique fut remis au goût du jour au début du XXe siècle par un opéra de Gabriel Dupont. Est-ce le succès autour de cette œuvre et le symbole des réserves de pétrole du désert arabique qui donnèrent le nom à la société des Huiles Antar en 1928 ? Probablement.

Après-guerre, cette société de distribution de lubrifiants automobiles fusionne avec les Raffineries Françaises de Pétrole de l’Atlantique propriétaires du site de Donges, avec pour conséquence la création en 1954 de la nouvelle société Antar Pétroles de l’Atlantique. Au tournant des années 1960, l’usine connaît une vague de modernisation de ses équipements incarnée notamment par le chantier du “topping grand capacité ouest” (TGCO) permettant une augmentation des capacités de raffinage à 3,5 millions de tonnes par an. Afin de célébrer le développement de l’usine, la société commande à l’artiste Robert Lesbounit une fresque destinée à orner la salle de contrôle du TGCO. Ce dernier choisit d’illustrer la légende d’Antar en établissant deux triptyques de chaque côté des consoles de commande. Cette fresque monumentale relatant la vie du poète et guerrier arabe du début du VIe siècle constitue un ultime témoin de l’identité de ce lieu et un véritable patrimoine à préserver.

Inventaire du Patrimoine

les îles des Loire et le remblai de Bonges Est

 

Aujourd’hui, si l’éleveur Guillaume Douaud peut exploiter les anciennes îles et les prairies humides qui les encerclent, c’est grâce à l’ « épi sableux », comme il l’appelle, autrement dit Donges Est, un remblai artificiel créé à partir du sable pompé dans la Loire et répandu sur près de quatre cents hectares pour agrandir les installations industrialo-portuaires de Saint-Nazaire. Lancé en 1989, ce projet controversé a fini par être gelé sept ans plus tard avant que le bitume n’y soit définitivement répandu, puis abandonné définitivement en 2009 après vingt ans de batailles juridiques menées par des associations environnementales qui ont pu démontrer l’absence de projet économique majeur sur les futurs terrains. « Non à Donges Est ! » peut-on encore lire sur l’abribus de la Locheraie, non loin de Mareil, un graffiti qui date mais que personne, ici, ne songe à effacer.

« Il reste ces millions de tonnes de sable qui ont mordu dans l’ancien lit de la Loire mais dont je ne me plains pas, avoue Guillaume. Donges Est a drainé ce coin d’estuaire et l’a rendu encore plus propice à l’agriculture extensive que je pratique. Lors des grandes marées, l’eau ne s’y attarde plus très longtemps. Et guidées par leur instinct de survie, les vaches courent se réfugier sur le remblai dès qu’elles comprennent que l’eau va tout envahir... Bref, c’est grâce à l’épi sableux que je peux exploiter les îles et les prairies autour, et y mettre mes vaches une partie de l’année ! »

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